parents la savaient robuste. Ce n'est qu'au mois de Djadi, mois du Capricorne, que les symptômes

avaient changé: par crises, la fièvre montait, brutale, accompagnée de terribles hallucinations,

effrayant ses parents, ses frères et ses sœurs. Rien n'y avait fait, ni les infusions traditionnelles

aux plantes de la steppe, ni les prières de son père, ni les formules magiques de la voisine écrites

sur des bouts de papier accrochés à l'arbre devant la maison , sensées éloigner les djinns malfaisants,

ni les douces paroles de sa mère. Mina voyait le monde tournoyer autour d'elle, devenir visqueux et

instable. Mina avait peur.

Dehors, la vie était ordinaire. La neige était épaisse, le ciel lumineux, le froid intense, les nuits

silencieuses. Mais Mina ne distinguait plus le jour et la nuit, le rêve et la réalité, ses peurs et ses

espérances. Mina était malade et, ce matin-là, malgré le soleil éclatant, son cerveau basculait dans

l'effroi, l'incertitude et le déséquilibre. Il avait neigé toute la nuit et les chemins étaient impraticables.

Le ciel s'était dégagé et son bleu de lapis-lazuli s'éclairait progressivement au soleil du matin luisant

dans toute sa force superbe. Mina ne vit pas son père quitter la maison, monté sur son âne: seule

façon de se déplacer en ces jours difficiles. Sa mère lui apporta du thé sucré dans le bol de porcelaine

orné de fleurs bleues qu'elle aimait tant. C'est son oncle maternel qui le lui avait rapporté d'un voyage

en Ouzbékistan. Mina but le thé; entre deux crises, elle allait mieux, ses yeux brillaient, apaisés. Mais

sa mère et elle savaient que le répit ne durerait que quelques heures. Elle ne se rendit pas compte que

son père n'était pas là. Celui-ci voyagea tout le jour, passa la nuit dans une tchaïkhona, repartit tôt le

matin, encore sous les étoiles de la nuit; il put prendre un bus brinquebalant orné de scènes multicolores

- tigres et lions terrifiants, jardins fleuris et sources de paradis, mosquées au soleil, minarets à la lune -.

Le soir, il était arrivé à la ville de Balkh; au fond du bazar silencieux, à l'aide d'un caillou ramassé dans

la rue, il frappa à une porte de bois. Il parla longuement. A l'aube, il repartait, quelque peu rassuré,

confiant et espérant.