Le secret de Bora

2e épisode : BB2

 

Le sifflement empêchait Antonin de dormir et pourtant il était épuisé. En fait, ce n'était pas un

sifflement, plutôt un couinement, comme une porte qui grince sur ses gonds rouillés. Il faisait

noir et il ne savait pas où il était. Les liens lui entamaient la peau des chevilles et des poignets.

Un bâillon l'empêchait de bâiller et de chantonner ; car il aurait bien aimé bâiller et chanter pour

montrer que le roi de Miri-Miri n'avait peur de rien. Voilà de longues heures qu'il avait été enlevé

et qu'il avait été jeté au fond de ce bateau qui bougeait à peine. Quatre hommes en gris sur une

pirogue à balancier s'étaient approchés de " La Galette ", tels des aigles de mer sur une dorade

sébaste. A quatre contre un et pris en traître, que pouvait Sa Majesté sinon se rendre après un

combat acharné au cours duquel il avait distribué gnons, claques, coups de pied et coups de boule.

Il avait succombé sous le nombre ; "La Galette " avait été coulée par trois trous dans la coque bien

ajustés - ni vu ni connu, parfaite disparition. Antonin 1er s'était battu avec vaillance, ses frères

pouvaient être fiers de lui. Bâillonné, ligoté, les yeux bandés, il avait été transporté tel un paquet de

chips jusqu'à ce bateau et jeté sans ménagement à même le métal froid de la coque. Et toujours ce

couinement incessant qui l'énervait. Soudain, il comprit tout ; quelque chose lui mordillait les orteils.

Des rats ! Pour sûr, c'était des rats qui couinaient et qui mordaient. Les rats étaient passés à l'attaque.

Horreur ! Horreur ! Horreur !

 

Pendant ce temps, dans la nuit noire du lagon, les trois frères se concertaient dans la Grande Pirogue.

Timothée n'osait pas sortir les chocolats et les bonbons chinois qu'il avait emportés dans son sac pour

les neuf ans du Capitaine. Ce n'était pas le moment de faire la fête. Et pourtant, il en avait bien envie.