" Ouvre ta bouche pour le muet, 
pour la cause de tous les  délaissés. "
Livre des Proverbes, 31.8

 

		Les Déshérités
                              
                              
Chassés, désespérés, ils ont quitté leur terre.
Foyers en feu, champs dévastés, dantesques cieux :
Ils ont abandonné les os de leurs aïeux,
Ils ont fui la douleur, la faim et la misère.
					
 Adieu, chant de la steppe, élégies du désert,
Vents sur la pierre nue, grandes nuits de silence ;
Adieu douce patrie, chimères d'insouciance,
Cantilène de joie, hymne des matins clairs.
					                              
Portés par l'illusion, hardis s'en sont allés,
En mer. Rêvant de libertés imaginées.
Salut à tes rivages, ô Méditerranée,
Lumières d'occident, bel  éden étoilé !
					 
Mais le flot est furieux et la barque incertaine.
La vague les a pris les délivrant du Mal,
Leur apportant la paix du Néant sépulcral.
Leur dernière vision fut d'espérance vaine.
                              
Chassés, désespérés, ils ont quitté leur terre,
Ils ont fui la douleur, la faim et la misère.
                              
	
                              
" A la Nature qui donne et reprend tout, l'homme instruit et 
modeste dit " Donne ce que tu veux, reprends ce que tu veux. " 
Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, livre X - 14

A propos des " os de leurs aïeux ", lire Nikos Kazantzakis , " Le Christ recrucifié " ; il y raconte comment les Grecs,
chassés d'Asie Mineure par les Turcs, emportaient avec eux les ossements de leurs ancêtres.
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