A vous qui, enfants, avez connu les camps.

 

Camp de Rivesaltes

Les Indésirables de 1941

 

La mer bat. La tramontane va. Arythmie.

La garrigue est tourment, la terre aridité ;

Au temps froid de l'hiver, tout est inanité :

Soleil d'incertitude, étoiles endormies,

Silence des oiseaux, firmaments illusoires.

La nature est défunte au cri de la mémoire.

 

La mer bat. La tramontane va. Arythmie.

 

Sombres camps. D'Espagne, ils sont venus. Apre exode.

Survivants des combats - Madrid ou Guernica -

Ils ont laissé là-bas Federico Lorca.

Infini lamento. Voix désespérées. Ode.

Vaincus et humiliés, chassés, indésirables,

Ils ont été reclus en ces lieux implacables.

 

La mer bat. La tramontane va. Arythmie.

 

Bohémiens. Violons et tambourins. Joie tsigane.

Ils allaient au soleil, insouciants vagabonds,

Au son du cymbalum et de l'accordéon.

Chantez la liberté, ô guitares gitanes !

Puis le temps est venu de l'hostile ténèbre,

Du mépris, du rejet, du lendemain funèbre.

 

La mer bat. La tramontane va. Arythmie.

 

Affliction. Mornes baraquements. Barbarie.

Martyres enfouis au plus profond des cœurs.

Entendez le kaddish, des affligés le chœur.

Raflés, parqués. Ainsi riaient les Walkyries.

Indicible mystère impossible à comprendre,

Ils sont partis par un matin couleur de cendres.

 

La mer bat. La tramontane va. Arythmie.

 

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