Mon Dieu ! je m'avance : effectivement, la petite porte de fer de la fontaine est ouverte et à l'intérieur

tout est sec ; je regarde en l'air, je monte avec agilité sur les branches des arbres, sur le toit de tuiles

où vous aviez l'habitude de faire du toboggan : rien, pas un oiseau, pas un insecte, plus un papillon,

plus une fleur ! quelle tristesse ! je tremble ! je sanglote ! je hoquète ! Une arrière grand-mère qui

descendait de Llauro me prend en pitié et me raconte.

 

A la fin de l'été, un soir de pleine lune, sous les étoiles du ciel noir, c'était juste après le départ de Siméon

sur sa belle frégate, elle avait vu trois filles en robe de dentelle, une couronne de fleurs dans les cheveux

(ici on ne les met pas autour du cou). Elles dansaient en rond et elles chantaient, les pieds nus en regardant la lune.

L'arrière grand-mère les a reconnues et m'a dit leur nom dans le creux de l'oreille : il y avait Chamri, Marsi et Sahel,

ou quelque chose comme ça. C'est Chamsi qui menait la danse. Oui, c'est comme ça qu'elle s'appelait. La fontaine

s'est mise à couler à grands flots : c'était sa manière de pleurer. Tous les écureuils du bois sont entrés dans la danse avec

Chamri, Marsi et Elsa. Puis Marie a chanté un long lamento qui est monté jusqu'aux étoiles. La fontaine a cessé de couler,

faute de larmes. Les écureuils et les trois filles ont fait le serment devant la lune de ne plus revenir tant que les quatre frères

des îles ne retourneraient pas au village.

 

Et voilà, mon cher Antonin, l'histoire de la Fontaine aux écureuils.

 

P.S. : je te parlerai plus tard de quelque chose qui m'a surpris, mais je ne t'en dis pas plus,

quelque chose d'anormal dans le tunnel qui passe sous la fontaine. Je vais aller voir et je te raconterai.