Le Maître du Monde

 

Manuscrit retrouvé dans les archives stockées par enfouissement sur la planète virtuelle Davidagaïa

 

Léo était le Maître du Monde depuis longtemps déjà. Il commandait à l'Univers. Depuis son palais

impérial, il dirigeait étoiles et planètes. Il désignait avec soin et discernement rois, vice-rois,

gouverneurs, amiraux et généraux. Lui-même, toutefois, avait gardé le simple titre qui avait fait

sa gloire, sa fortune et sa puissance : le Monde entier le craignait et le respectait sous le nom

aimé de Prince Léo. De toutes les galaxies montaient jusqu'à lui hymnes de joie, chants de gloire

et himénés d'amour. Les citoyens de l'Univers ne s'approchaient de lui que courbés avec humilité

et ne lui adressaient la parole que le regard baissé et en humant le sol fleuri et parfumé du palais.

Le Prince Léo était en effet un monarque simple : le dernier des citoyens de la plus lointaine planète

pouvait lui demander audience. Le Prince Léo avait tous les pouvoirs, tous les honneurs, toutes les

gloires. Mais le Prince Léo s'ennuyait.

Depuis que Davida, Princesse de l'Espace, était venue le voir, le Prince s'interrogeait. Il se rappelait

les temps heureux de son enfance sous les cocotiers de Raiatéa, les joies du lagon, des pêches, des

baignades, des promenades en bateau et en kayak. Certes, il avait à sa disposition toutes les mangues,

tous les ananas et tous les mahi-mahis de Polynésie que des navettes spéciales allaient chercher à son

moindre désir ; mais il lui manquait l'air doux, le ponton et l'eau claire. Il lui manquait surtout les tartes à la

papaye que sa mère lui préparait, la musique du ukulélé de son père, les rires de ses frères et les coups

de langue de Kahina à la queue mobile.

Or donc, ce matin-là aux multiples soleils, le Prince Léo convoqua le Grand Conseil, donna ses

directives comme à l'accoutumée, confia son projet secret à Davida, la seule en qui il avait entière confiance,